CEEN

Expérimentations éditoriales avec les PURH

Le titre C’est la matière qui pense, premier volume de la collection « De Code et de Plomb » dirigée par Margot Mellet, et premier ouvrage issu d’un effort commun entre la Chaire et les Presses universitaires de Rouen et du Havre (PURH), préfigure la teneur de cette collaboration. Il en va de la reconfiguration de la publication scientifique à l’heure numérique touchant à tous les aspects de la chaîne éditoriale.

L’édition numérique impliquant une multiplication des versions et formats, elle invite à repenser une gestion des données qui assure la cohérence et la pérennité des sources. Matière de Marcello Vitali-Rosati vaut pour preuve de concept et mise en œuvre d’une chaîne éditoriale modulaire avec différents formats de sortie à partir d’une source unique (conformément au principe du Single Source Publishing). À partir de contenus structurés sémantiquement, la chaîne d’édition produit deux artefacts (un site statique et un PDF imprimable) qui appliquent des principes low-tech, notamment la sobriété du dispositif technique permettant la lecture au format numérique. Cette version web, augmentée, inclut par exemple un moteur de recherche et des contenus multimédia.

Cette collaboration s’attache fermement à l’ouverture des données et l’utilisation de formats libres et d’outils dont le code source est public et appropriable. Les textes au sens large, c’est-à-dire le matériau édité et le code qui a servi à la production des artefacts, est publié de façon ouverte. Le travail des équipes reposera sur le logiciel de versionnement Git, sur des formats plein texte durables et interopérables, sur des moulinettes expérimentales comme Le Pressoir, ou encore sur le paquet LaTeX destiné à l’édition critique ekdosis. Ce projet permet alors de s’attaquer au renouvellement des métiers et des compétences éditoriales. Le travail sur le texte intègre des méthodes itératives inspirées du développement informatique, et se confronte à l’opacité des formats structurés. Nous cherchons aussi à explorer les outils libres pour la composition graphique, notamment grâce à l’usage de LaTeX, en relation avec la graphiste.

L’initiative collaborative s’engage en outre en faveur de l’open access, le format numérique étant disponible gratuitement, ce qui interroge de fait le modèle économique de l’édition savante.

Plusieurs problématiques émergent de cette recherche-action. Si les dispositifs sont bien calibrés du côté des supports imprimés, des questions de responsabilité se posent à chaque étape de la création et du cycle de vie des formats numériques : quelles structures doivent assurer leur validation, leur hébergement et leur pérennité ? Des réflexions sont actuellement en cours afin de mettre en place des procédures d’évaluation des éditions numériques et de définir un cadre garantissant leur durabilité.

Ces premières expérimentations soulignent le rôle des ingénieur·e·s et des chercheur·euse·s dans l’accompagnement de la transformation des métiers et des structures éditoriales, ainsi que celui des gestes éditoriaux et des éditeur·ice·s dans l’émergence et la structuration des savoirs, démontrant que c’est bien la matière qui pense.