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Lettres et Journaux personnels

Longtemps réduits à n’être qu’une source de renseignements historiques et biographiques, journaux personnels et correspondances sont, ces dernières décennies, devenus de véritables objets d’étude.

Un écrivain peut tenir un journal et écrire des lettres (c’est le cas, par exemple, d’André Gide). Comment le journal parle-t-il des lettres, et inversement ? Dans quelle mesure le journal peut-il servir dans certains cas de brouillon aux lettres, et inversement ? Quels rôles peuvent jouer les lettres quand on les insère dans un journal ? On pourrait évoquer le journal (1919-1949) de Roger Martin de Gard, son singulier projet de préface (1951) et le rôle qu’il entend faire jouer aux lettres dans une éventuelle édition du journal. Si les lettres recopiées par Roger Martin du Gard dans son journal sont nombreuses, il va encore plus loin dans l’idée d’une articulation des écritures épistolaire et journalière en rédigeant en 1951 « Trois pages manuscrites qui pourraient servir de préface ». Il donne dans ce texte un certain nombre de prescriptions à son futur éditeur : « Par suite des circonstances, par suite de certaines complications de ma vie conjugale, il se trouve que ce journal est surtout le récit de mon existence familiale – quelque chose comme le “livre de bord” de mon foyer. Je m’y montre fort peu tolérant, fort peu indulgent, fort injuste souvent envers ma femme. […] J’en ai remords. Aussi ai-je voulu que soient conservées, comme une annexe corrective, les lettres de ma femme. […] Si jamais mon journal était publié, les lettres de ma femme fourniraient à mon annotateur d’abondantes et pertinentes rectifications, dont il serait inadmissible de ne pas faire état. » (Journal II, Paris, Gallimard, 1993, p. 4). Claude Sicard, l’éditeur scientifique, respectera la volonté de l’auteur, donnant à maints événements un éclairage bilatéral, compensant la monodie du journal par les lettres de l’épouse.

Dans quels cas une lettre ou des lettres peut-elle ou peuvent-elles parfois tendre vers la lettre-journal ? L’exemple le plus spectaculaire de cette hybridation dans la littérature française est sans doute les 22 000 lettres quotidiennes adressées par Juliette Drouet et Victor Hugo, qui n’attendaient pas de réponse1. Qu’est-ce que l’histoire des pratiques et des genres nous dit des ressemblances et convergences entre journal et lettre, deux formes en rapport étroit avec le temps, textes répétitifs, myopes et allusifs qui remettent en question la notion de fin et de clôture ? À partir de quel moment peut-on parler des lettres et journaux en termes de genres littéraires ?

Pour aller plus loin : études, ouvrages collectifs et articles concernant à la fois le journal personnel et la correspondance (confrontés /comparés / mis en parallèle)

Baudoin Daphni, « Le Journal de Catherine Pozzi (1913-1934) : lieu de jonction/disjonction entre discours diaristique et discours épistolaire », Les Femmes de lettres. Écriture féminine ou spécificité générique ?, Université de Montréal, 1994, p. 87-102.

Bernard-Griffiths Simone (dir.), Difficulté d’être et mal du siècle dans les correspondances et journaux intimes de la première moitié du xixe siècle (avant 1848), Cahier no 8, Clermont-Ferrand, diffusion Nizet, 1998.

Braud Michel, « La lettre retenue. La lettre non envoyée dans les journaux de Bloy et Gide », Épistolaire, no 33, 2007, p. 207-216.

Crinquand Sylvie (dir.), De vous à moi : le destinataire dans les écrits intimes, Dijon, Éditions Universitaires de « Dijon », « Kaléidoscopes », 2001.

Dufief Pierre-Jean (dir.), Les Écritures de l’intime, la correspondance et le journal, Actes du colloque de Brest d’octobre 1997, Paris, Champion, 2000.

Hurlebusch Klaus, « Divergenzen des Schreibens und Lesens. Besonderheiten der Tagebuch- und Briefedition », Editio, vol. 9, 1995, p. 18-36.

Lejeune Philippe, « Au jour d’aujourd’hui », Épistolaire, no 32, 2006, p. 57-70.

Lis Jerzy, « La lettre écrite à soi-même dans la pratique diaristique », Actes du colloque « La lettre », Acta Universitatis Lodziensis, Folia Literaria Romanica, no 1, sous la direction de Zbigniew Naliwajek, Witold. K. Pietrzak, Lodz, 2000, p. 219-227.

Reid Martine, « Écriture intime et destinataire », L’Épistolarité à travers les siècles, textes réunis par Mireille Bossis et Charles A. Porter, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1990, p. 20-26.

Simonet-Tenant Françoise, Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, coll. « Au cœur des textes », 2009.


  1. Voir site Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo.↩︎

Auteur(s)

  • Françoise Simonet-Tenant

Pour citer cet article

Simonet-Tenant Françoise, « Lettres et Journaux personnels », dans EcriSoi, « Ressources pédagogiques », 2026, URL : https://ecrisoi.univ-rouen.fr/bibliotheques/ressources-scientifiques/69d6161a544e79d6a1f93f92, page consultée le 1 novembre 2026.


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