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Qui a (encore) peur de Louise Michel ?

Pour présenter cette édition – Louise Michel, Mémoires, 1886, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2021, 578 p. –, commençons tout simplement par essayer de préciser, et cela n’a paradoxalement rien de facile, de quoi il est question lorsque nous parlons des Mémoires de Louise Michel. Ce point est d’autant plus important que cette publication en poche chez Gallimard offre l’occasion de donner enfin à Louise Michel sa place dans l’histoire longue du genre des Mémoires ou de ce que l’on peut nommer les « Vies mémorables », place restée jusqu’à présent très mal identifiée pour trois raisons :

  • l’inachèvement de son projet mémorial, que Louise Michel a voulu prolonger après la parution de ce volume en 1886, cela jusqu’à sa mort en 1905, mais dont elle n’a jamais pu maîtriser les conditions de publication et qui a fini par se perdre dans des plans ou des projets assez confus ;
  • l’absence d’une édition stable et de référence, plusieurs textes assez différents coexistant sous divers titres ou parfois le même mais ne renvoyant pas au même texte, sans que l’on comprenne très bien ce qui correspondait au projet original de l’autrice ;
  • le manque enfin de lectures attentives, du fait d’une réputation très sulfureuse, puis largement caricaturale de la part aussi bien de ceux qui ne voient en Louise Michel que la « vierge rouge » que de ceux qui lui portent un intérêt exclusivement historique et idéologique parce qu’ils prisent sa radicalité et éclipsent ce faisant son œuvre littéraire, de romancière et de mémorialiste.

À mes yeux, cette réception très limitée a eu pour principal effet de laisser Louise Michel aux marges de l’histoire du genre mémorial, où le dernier tiers du xixe siècle apparaît comme un moment très creux, de délitement de cette tradition littéraire1, alors même que ce texte aurait d’une certaine manière suffi à faire le pont entre les Mémoires d’outre-tombe et les Mémoires de la Grande Guerre.

Voici donc les principaux textes en concurrence :

  1. Le premier manuscrit, celui que Louise Michel rédige alors qu’elle est en prison, paraît en 1886, sous le titre : Mémoires de Louise Michel, écrits par elle-même, t. I, chez Félix Roy2 – il s’agit du texte dont Claude Rétat fournit ici une édition scientifique sous le titre : Mémoires, 1886 avec l’apport de l’exemplaire annoté par l’écrivaine et des manuscrits subsistants de la mémorialiste.
  2. Un second volume, maintes fois annoncé, n’a pu paraître chez Roy, avec lequel Louise Michel était en désaccord, mécontente des pressions que l’éditeur avait exercées pour qu’elle s’en tienne aux faits historiques : en 1885, celle-ci déclare à des amis avoir détruit elle-même par le feu le manuscrit de ce second volume, ce qu’elle réaffirme lors de conférences (tout en donnant lecture d’extraits) et surtout dans un chapitre (intitulé « Document humain »3) du texte qui finira par paraître quatre ans après le premier volume, où elle se met en scène brûlant la seconde version de son manuscrit en se remémorant les flammes plongeant Paris dans une épaisse fumée aux jours de mai 1871 : « À la lueur du poêle, je revoyais tout cela : l’incendie, le cyclone, et pareils à la fumée sur Paris, des lambeaux de nuit flottant sur l’île ébranlée jusqu’à la ase, les flammes se rapprochant, couvrant Paris comme un nid, le nid de la Mort4. » En 1888, Louise Michel annonce encore à Roy ce second volume (alors même qu’elle a déjà publié des extraits dans un journal, Le Matin l’année précédente), mais finit par le livrer en feuilleton dans un journal socialiste, L’Égalité de Jules Roques entre mars et fin août 1890 sous le titre : Mémoires, second volume. Faute de paraître ensuite en volume, ce texte a connu un destin étrange ainsi résumé par Claude Rétat : « Il n’eut pas l’écho du volume de 1886 dans la grande presse, et disparut tout simplement des radars, au moins d’être tenu pour inexistant, inaccessible ou perdu, ou encore d’être confondu avec d’autres textes, jusqu’à sa redécouverte en 20155 ». Il a fallu 125 ans pour qu’une chercheuse ait l’idée de consulter les journaux de l’époque et en fournisse une édition critique (livrant aussi son édition du second volume avant celle du premier volume), mais sous le titre : À travers la mort : Mémoires inédits (1886-1890), à La Découverte en 2015. Pourquoi À travers la mort ? Ce titre avait été ajouté par la mémorialiste installée à Londres en 1891.
  3. En effet, c’est en Angleterre que Louise Michel a retravaillé le texte de ce second volume « en vue d’une publication en librairie et d’une publication anglaise6 », et a imaginé une trilogie ainsi composée : À travers la vie, À travers la mort et À travers l’inconnu – notons ici le risque de confusion avec l’œuvre poétique de Louise Michel, qui a intitulé À travers la vie un recueil de poésie paru en 1894 chez Fayard (coll. « Bibliothèque universelle de poche »), auquel près d’un siècle plus tard s’est substitué un volume synthétique édité par Daniel Armogathe avec la collaboration de Marion V. Piper sous le titre À travers la vie et la mort : œuvre poétique chez Maspero, dans la collection « Actes et mémoires du peuple », en 19827. La reprise du deuxième (et non plus second dans cette nouvelle configuration) volume des Mémoires prend néanmoins un tour complexe, conformément à la stratégie de « collage8 » familière à la mémorialiste qui emprunte largement à ses conférences ou à ses articles et autres écrits. Le réaménagement des deux premiers volumes, qu’elle aimerait faire traduire en anglais mais sous une forme modifiée, conduit Louise Michel à indiquer : Histoire de ma vie en tête du manuscrit qui résulte de ce travail en 1904. Un siècle plus tard là aussi, Xavière Gauthier a livré une édition intitulée Histoire de ma vie : seconde et troisième parties, Londres 1904 aux Presses de l’université de Lyon (reprise par la suite sous le titre encore plus ambigu de Mémoires chez Tribord en 2005) en réunissant des passages de deux textes de statut totalement hétérogènes : des Mémoires parus en 1886 et des brouillons de cette Histoire de ma vie de 19049.
  4. Après la mort de Louise Michel, un volume intitulé Souvenirs et aventures de ma vie a paru en 160 livraisons dans La Vie populaire (hebdomadaire littéraire lancé par Arthème Fayard) entre le 20 janvier 1905 et l’année 1908 : il s’agissait d’un manuscrit écrit par la mémorialiste en 1904 et confié au romancier Arnould Galopin qu’elle charge de sa publication mais qui s’arroge, à sa disparition, le droit de réécrire le texte sous une forme très artificielle et mélodramatique – on consultera l’aperçu que Claude Rétat donne de cette défiguration du texte initial10, que Daniel Armogathe a néanmoins repris sous le même titre chez Maspero, dans la collection « Actes et mémoires du peuple », en 198311.

La situation éditoriale des Mémoires de Louise Michel est, bien entendu, plus complexe que ce que je viens d’en dire, et cette confusion extrême a rendu difficile l’identification de ces textes et plus difficile encore leur intégration dans la continuité d’une tradition générique dont la poétique suppose, au contraire, leur auteur capable de livrer une image stable et extrêmement contrôlée de lui-même. Or, et c’est, me semble-t-il, le second point le plus frappant de ces Mémoires de 1886, tous les traits les plus caractéristiques de la composition et du style propres à Louise Michel contreviennent à cette poétique et la déconstruisent radicalement. Claude Rétat a réuni en annexe à son édition un dossier de presse tout à fait frappant : en dehors des attaques contre la révolutionnaire (ou des plaidoyers en sa faveur), en 1886 les critiques soulignent de manière très récurrente, d’un journal à l’autre, l’extrême confusion du récit : « Ces pages incohérentes, écrites au jour le jour, sans suite et sans lien, sont surtout curieuses par l’état d’esprit qu’elles dénotent et par le caractère qu’elles révèlent » (Journal des débats politiques et littéraire) ; « Aucun plan, aucune méthode, elle vit dans la fièvre » (Gil Blas) ; « Ce premier volume des Mémoires aurait gagné à une révision purement artistique. Les confidences, les tableaux, les récits, les imprécations s’entrecoupent » (Le Rappel) ; « Ces Mémoires-là ne ressemblent guère, il faut bien le dire, aux souvenirs personnels de ce genre où l’auteur suit, dans le récit de sa vie, un certain ordre chronologique. Il règne dans ces cinq cents pages un décousu systématique sans doute, un désordre étrange qui trahit le caractère, les tendances, les habitudes de celle qui tient la plume » (Le Voltaire).

De fait, je me souviens parfaitement que travaillant à ma thèse sur le genre des Mémoires au xxe siècle, j’avais calé lors d’une première lecture précisément en raison de la singularité de ce récit fait de détours, d’annonces sans cesse retardées, d’interruptions en forme de souvenirs, de poèmes ou de harangues, où le fil chronologique s’interrompt sans cesse, et qui se compose pour une large part d’articles ou de discours livrés comme autant de pièces destinées à restituer un combat politique. On pourrait donner de nombreux exemples de ces longues parenthèses, soulignées le plus souvent par la mémorialiste elle-même, telle cette « digression obligée » due à un jugement sur une obscure affaire de plagiat rendu en mai 1885 et vis-à-vis duquel Louise Michel entend préciser sa position, tout en ajoutant : « Puisque j’en suis sur cette pente-là, terminons ce chapitre par un bilan de mes ouvrages » (p. 251-254) avant de reprendre le fil (déjà quelque peu embrouillé) de ses souvenirs en Nouvelle-Calédonie. Ou encore tel ce chapitre, quelques pages plus loin, ironiquement intitulé : « Encore une parenthèse », et consacré aux trois récentes disparitions de Victor Hugo, de Frédéric Cournet et de Charles Amouroux au mois de mai 1885, tristes anniversaires de l’hécatombe de 1871 (p. 269-273). Ou enfin l’annonce, p. 290, d’une esquisse de « l’histoire de [s]es prisons », aussitôt interrompue afin d’achever le chapitre de ses conférences, et cela jusqu’à la p. 317 où la mémorialiste en arrive enfin à ses séjours en prison12. Mais quant à l’événement central de son existence, à savoir la Commune, Louise Michel ne nous en dit pratiquement rien : il n’en est question qu’aux chapitres XIV et XV de la première partie, soit sur un peu plus d’une vingtaine de pages, qui portent avant tout sur la répression – même si La Commune ne paraîtra chez Stock qu’en 1898, douze années donc après ce premier volume de Mémoires. C’est pourtant bien aux événements de mars à mai 1871 que ses lecteurs s’intéressaient en priorité, tout comme son premier éditeur, Félix Roy, et aujourd’hui nous autres lecteurs de cette récente édition. On ne saurait mieux dérouter un public curieux de cette survivante ayant consacré toute son existence à entretenir le souvenir de la Commune écrasée dans le sang par les Versaillais et les campagnes françaises coalisées.

Quelques points appellent une clarification afin de rendre plus accessible ce texte qui constitue un jalon fondamental dans l’histoire du genre des Vies mémorables, et dont il s’agit de réaffirmer à la fois l’originalité et la centralité. Ces points sont les suivants :

Claude Rétat recourt au terme autobiographie comme catégorie générique permettant de désigner et de situer le texte de Louise Michel dans la sphère des écrits de soi à visée introspective. On comprend qu’à ses yeux, malgré le titre de Mémoires choisi par Louise Michel, la dimension d’auto-exposition et d’exploration de sa personnalité importe plus que la restitution des événements historiques (conformément au conflit ayant opposée l’écrivaine à son éditeur, Félix Roy). Néanmoins, si cette dimension éminemment personnelle est indéniable – Louise Michel affirme à plusieurs reprises vouloir remonter « jusqu’à la source [de ses] idées » (p. 189) et invoque pour cela une science utopique, la « psychobiologie » (p. 190) –, il n’empêche que toute la démarche de la mémorialiste suppose un effacement du sujet individuel, non moins fréquemment rappelé, au profit du destin collectif :

En toute vie individuelle, sont les mêmes transformations que dans l’ensemble d’existences qui s’agitent à travers les siècles : dans l’enfance, la jeunesse, la virilité du genre humain.
[…] L’individu isolé s’efface ou ne daigne plus songer bêtement à sa petite personne.
[…] C’est avec son époque entière qu’on sent, qu’on souffre, qu’on est heureux et tout l’amour, toute la haine, toute l’harmonie, toute la puissance qu’on possède, on jette tout cela aux effluves qui nous emportent ; on n’est rien, et on fait partie de ce qui est tout : de la Révolution ! (p. 102)

Rappelons-nous que les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand constituaient alors le modèle indépassable du genre à l’époque : l’instance mémoriale y interrompait déjà continuellement le récit remémoré et visait à une coïncidence entre son parcours individuel et le cours de l’histoire13. Dans le cas de Louise Michel, ce cours de l’histoire aboutira inéluctablement au grand soir révolutionnaire, sanglant et régénérateur. Doit-on voir alors dans ce refus maintes fois affirmé du Je une simple posture, qu’infirment les incessantes irruptions de l’instance énonciatrice – Louise Michel récitant ses poèmes, rappelant le souvenir de sa mère, ou s’adressant au lecteur comme à l’auditeur de l’un de ses conférences politiques ? Ou Louise Michel ne propose-t-elle pas une conception forte de la place des individus dans l’histoire, à l’inverse de celle du grand homme : une conception à la fois militante et plus holistique ?

Comment alors rendre compte de cette narration mémoriale continuellement déstructurée, et de ce fait assez déstabilisatrice pour le lecteur ? On trouve une clé dans cette remarque aux p. 23-24 de la préface écrite par Claude Rétat : « “Association” est le maître mot des aspirations sociales, littéraires et scientifiques de l’autrice : les éléments se groupent, s’aimantent, s’appellent, riment, trouvent leur harmonie. » Parallèlement, Louise Michel se réclame d’un anarchisme assez radical, dont elle livre quelques éléments de définition ou du moins quelques principes structurants. Tout le paradoxe est que cette idéologie politique coexiste – mais à quelles conditions ? – avec l’accent mis constamment sur cet idéal d’association. Et d’ailleurs, n’y a-t-il pas un paradoxe dans l’idée même de lire les Mémoires d’un/e anarchiste ?

Parmi les différents combats politiques de Louise Michel se trouve, dernier point, sa lutte en faveur d’une égalité totale des femmes avec les hommes. Or on est frappé de constater que le féminisme de Louise Michel se heurte déjà à l’époque à ce qui sera l’un de ses principaux obstacles au xxe siècle, jusqu’au début des année 1970, à savoir sa subordination à l’impératif révolutionnaire : la libération des femmes est conditionnée au déclenchement de la révolution, donc soumis à la lutte des prolétaires, qui constitue le véritable objectif. Plus que dans n’importe quel texte à l’époque, l’articulation des deux objectifs représente un enjeu central : quels liens entre lutte révolutionnaire et lutte féministe ? La difficulté s’avère, en réalité, bien plus radicale. Louise Michel rappelle, p. 255, avoir annoncé dans la première partie de La Femme à travers les âges la parution des Mémoires d’Hanna la nihiliste : « J’avais réuni sous ce titre grand nombre des épisodes de ma vie, avec des épisodes russes. » Ce nihilisme, formulé à plusieurs reprises, s’exprime en particulier à travers ces continuels appels à la violence qui lui furent tant reprochés, seul l’effondrement dans le sang des fondements de la société pouvant conduire à sa complète refondation et à l’instauration d’une véritable égalité entre les individus. Étrangement, la revendication de cette violence coexiste avec la conviction (largement partagée à l’époque) que c’est par l’éducation et par la diffusion de savoirs scientifiques que l’humanité parviendra à son plein développement. Entre le nihilisme idéologique et le positivisme intellectuel, quelle articulation ?


  1. Je renvoie à Écrire ses Mémoires au xxe siècle : déclin et renouveau, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 2008.↩︎

  2. Ce texte a été republié sous le titre Mémoires chez Maspero dans la collection « Actes et mémoires du peuple » en 1969, puis dans la « Petite collection Maspero » en 1979, enfin repris à La Découverte dans la collection « [Re]découverte » en 2002.↩︎

  3. Voir Louise Michel, « Document humain », À travers la mort : Mémoires inédits, 1886-1890, éd. Claude Rétat, Paris, La Découverte, 2015, puis coll. « Poche », 2021, p. 46-49.↩︎

  4. Ibid., p. 48.↩︎

  5. Claude Rétat, « Présentation : Louise Michel, comment on devient “projectile” », dans Louise Michel, Mémoires, 1886, éd. Claude Rétat, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2021, p. 16.↩︎

  6. Id., « Présentation : Louise Michel au bûcher. Les Mémoires de 1890 ou les aventures d’un “second volume” », dans Louise Michel, À travers la mort, op. cit., p. 30.↩︎

  7. Louise Michel avait, en effet, également projeté de publier ses œuvres poétiques sous forme d’un diptyque : À travers la vie et À travers la mort (« en contrepoint au premier, après le désastre de la Commune », ainsi que l’écrit Daniel Armogathe). Il est intéressant de noter que les poèmes, classés par ordre alphabétique, sont répartis en cinq grandes parties, dont les titres sont dus aux éditeurs, obéissant à une sorte de logique mémoriale : « L’album de jeunesse » (1850-1860), « La légende républicaine » (1861-1870), « Les années terribles » (1871-1872), « Le livre du bagne » (1873-1880), « Germinal, la légende future » (1881-1901).↩︎

  8. Ibid., p. 25.↩︎

  9. « Il est erroné de présenter ce manuscrit, dont l’intérêt intrinsèque est certain, comme “le” second volume, puisque ce dernier existe comme tel depuis 1890, soit depuis près de quinze ans, et lui sert en bonne partie de matrice. » (Ibid., p. 32).↩︎

  10. Voir Claude Rétat, « Présentation : Louise Michel, comment on devient “projectile” », art. cité, p. 17-19.↩︎

  11. Daniel Armogathe écrit dans sa présentation de l’édition : « Le texte que l’on présente ici est le testament de Louise Michel. Signée en septembre 1904, quatre mois avant sa mort, chez l’éditeur Arthème Fayard, cette dernière version de ses Mémoires nous restitue le regard du personnage sur lui-même dans la phase ultime de son évolution. » (p. 11). Il ajoute : « L’aspect confidence qu’on est toujours heureux de trouver dans un récit autobiographique joue moins ici qu’ailleurs, et en tout cas fort peu au premier degré. D’autre part le resserrement descriptif et la concision qui lui ont été imposés autrefois par ses éditeurs sont absents ici – bien que l’auteur avoue le contraire. Louise Michel a le temps et l’espace disponibles pour se répandre. Seules servitudes : respecter l’unité que constitue la livraison et instaurer chez le lecteur le désir de lire la suite. / Ce respect des lois du genre qui sonne étrangement aux lecteurs habitués à la prose de Louise Michel – et qui est tout de convention – ne peut pas nous conduire à douter de l’authenticité de ces Mémoires. » (p. 12). Armogathe ne s’étonne pas moins quelques paragraphes plus loin du fait que la mémorialiste ait puiser dans la Grande Encyclopédie toute une série de détails biographiques au sujet de son camarade Kropotkine et que ces emprunts ou citations d’ouvrages de vulgarisation soient très fréquents dans les Souvenirs, laissant supposer des réécritures ou ajouts de la part de l’éditeur lorsque la matière à traiter lui paraissait insuffisante.↩︎

  12. Cela tout en annonçant : « Mon livre des prisons s’appellera le Livre du bagne ; je n’ai qu’à en rassembler les feuillets ; ils sont nombreux », puisque les textes consignés dans les interstices de ses activités militantes, à chaque fois que les circonstances lui en laissent le temps, constituent la véritable matière de son œuvre, dès lors disponibles pour différents montages possibles et même redoublés, puisque ce qui va nourrir ce court chapitre XIV pourra également le servir pour un autre texte par la suite.↩︎

  13. « Si j’étais destiné à vivre, je représenterais dans ma personne, représentée dans mes mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes, l’épopée de mon temps » (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, éd. Jean-Claude Berchet, t. I, Paris, Classiques Garnier, 1989, p. 846).↩︎

Auteur(s)

  • Jean-Louis Jeannelle

Pour citer cet article

Jeannelle Jean-Louis, « Qui a (encore) peur de Louise Michel ? », dans Actualités des publications sur les écritures de soi (Sorbonne Université, 13 mars 2025), dir. Françoise Simonet-Tenant, EcriSoi, « Manifestations scientifiques », 2026, URL : https://ecrisoi.univ-rouen.fr/critiques/manifestations-scientifiques/69de0c66544e79d6a10923e5, page consultée le 1 novembre 2026.


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