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Présentation

Cet ego corpus est en cours d’élaboration.


Bien des lecteurs de Balzac ont cherché à situer, à Saumur, la maison d’Eugénie Grandet. Les admirateurs de Flaubert sont partis sur les traces de Madame Bovary. Des milliers de touristes visitent chaque année, à Illiers-Combray, la « maison de tante Léonie », invités à y reconnaître les lieux de Du côté de chez Swann. Le « pèlerinage littéraire », expression du désir d’aller sur les lieux, de localiser, dans le monde réel, ses souvenirs de lecture, est l’une des dimensions du récit de voyage depuis l’époque romantique. Il a pour figures tutélaires Chateaubriand, avec l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), et Byron, avec Le Pèlerinage de Child Harold (1812). Ce genre souple, non codifié, s’inscrit dans l’histoire longue du pèlerinage religieux en Terre-Sainte et dans celle du Grand Tour. En vertu de cette double origine, religieuse et profane, il constitue un objet privilégié pour considérer le processus qui conduit à faire de la littérature un substitut laïc de la religion. Avec le roman réaliste, qui participe à l’invention d’un romanesque de proximité, le « pèlerinage littéraire » se découvre de nouveaux lieux d’élection, plus étroitement mêlés à la vie quotidienne des lecteurs, dans le même temps qu’il est capté à son profit par l’industrie touristique, qui en fait l’un des ressorts de l’économie du désir. Dans les dernières décennies du xixe siècle, le récit de pèlerinage se coule dans le reportage journalistique et renouvelle la forme de la critique littéraire : la méditation sur la littérature ou le commentaire d’un livre se coulent dans la dynamique flâneuse d’une promenade. Au tournant des xixe et xxe siècles, les recueils de récits de pèlerinages se multiplient, parfois accompagnés d’images à l’esthétique de cartes postales, quand ils ne se muent pas en livres d’artiste signés par des grands noms de la photographie, à la manière de Germaine Krull pour Le Valois de Gérard de Nerval (1930). Le « pèlerinage littéraire », en vertu de sa plasticité, est l’une des composantes ou des dimensions possibles de tous les genres que l’on enveloppe dans la catégorie « écrits de soi » (récit de voyage, autobiographie, mémoires, souvenirs, journaux, correspondance…) ; mais c’est aussi une forme ou une dramaturgie dont s’est emparée la critique et l’histoire littéraire universitaire, dans le même temps que se l’est approprié l’essayisme littéraire, ce dont témoignent Julien Gracq ou Michel Butor, et bien des écrivains d’aujourd’hui, de Jean et Olivier Rolin à François Sureau, en passant par Jean-Christophe Bailly ou Jean-Paul Kauffmann.

L’ego corpus « Pèlerinages littéraires » explore cette tradition littéraire en constituant une anthologie à prétention tout à la fois historique (retracer l’histoire d’une pratique et des formes littéraires qu’elle a suscitées), et typologique (en manifester la diversité).

Le comité éditorial est constitué de Christophe Pradeau et Jessica Desclaux (Sorbonne Université) et de Marie-Clémence Régnier (Université d’Artois). L’équipe éditoriale est constituée d’Aurélien d’Avout (Sorbonne Université), Adrien Bodiot (IUT Robert Schuman d’Illkirch-Graffenstaden), Gabrielle Bornancin-Tomasella (Université Grenoble-Alpes), Yoosun Choi (Sorbonne Université), Philippe Gambette (Université Gustave Eiffel), Stéphanie Gehanne Gavoty (Sorbonne Université), Vincent Gogibu (Université de Versailles Saint-Quentin), Clémence Hovelaque (Université Paris 12), Mario Ranieri Martinotti (ENS, EHESS), Franck Javourez (Université Paris-Nanterre), Daniel Magetti (Université de Lausanne), Christophe Meurée (Archives et Musée de la littérature), Théo Millot (Sorbonne Université), Alexandre de Vitry (Sorbonne Université).

Pour citer ce corpus

Pèlerinages littéraires, dir. Christophe Pradeau, Jessica Desclaux et Marie-Clémence Régnier, dans EcriSoi, « Ego Corpus », 2026, URL : https://ecrisoi.univ-rouen.fr/critiques/entretiens/6a1d956f8f775e89bfc98477, page consultée le 2 novembre 2026.


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