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[1806/1811] Chateaubriand aux tombeaux d’Achille et de Patrocle

Source

Texte établi à partir de l’édition définitive : François-René de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem [1811] dans Œuvres complètes, Paris, Ladvocat, t. VIII, IX et X, 1826 (ici, t. IX, p. 63-69).

Édition scientifique

Texte retranscrit et annoté par Jessica Desclaux (Sorbonne Université – Cellf UMR 8599)

Présentation

Du 13 juillet 1806 au 5 juin 1807, Chateaubriand accomplit un Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, en allant par la Grèce et revenant par l’Égypte, la Barbarie et l’Espagne, selon le titre complet de son ouvrage. Il s’inscrit dans la double tradition, laïque et religieuse, du Grand Tour et du pèlerinage en Orient. Charles-Augustin Sainte-Beuve réoriente ce parcours dans une logique courtoise, en révélant, dans un cours donné à Liège en 1848-1849, le terme du périple : le rendez-vous d’amour avec Natalie de Noailles en Andalousie (Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861, t. I, p. 101). Alors que le genre du Voyage appartient à la branche de l’Histoire ou du témoignage religieux, Chateaubriand affiche un objectif nouveau. Dans la préface de 1811, il dit « remplir des devoirs d’écrivain » (t. VIII, p. CXVI), « all[er] chercher des images » (t. VIII, p. CXV) pour compléter, par des descriptions faites sur les lieux, son épopée antique en cours de réécriture, Les Martyrs. Il inaugure ainsi le « voyage littéraire », c’est-à-dire un « voyage entrepris par un écrivain pour écrire » (Jean-Claude Berchet, « Un voyage vers soi », Poétique, février 1983, p. 91-108). Le récit de voyage est second, dans l’ordre de publication, par rapport à l’épopée, genre au sommet de la hiérarchie pour un classique.

Chateaubriand dit aussi partir « pour voir les peuples et surtout les Grecs qui étaient morts » (t. VIII, p. 66). Arrivant depuis la mer aux abords de Troie, face au cap Sigée, il salue la mémoire des héros épiques d’Homère et refait un pèlerinage en vigueur dès l’Antiquité, dont la renommée doit beaucoup à Plutarque. L’auteur des Vies des hommes illustres raconte qu’Alexandre le Grand se serait recueilli sur ces tombeaux, attestant le culte antique aux héros divinisés et le brouillage entre le régime mythique des personnages épiques et leur réception historique. L’épisode s’impose comme un motif iconographique de la peinture académique. D’autres livres inspirent à Chateaubriand cette étape attendue. En 1798, Jean-Baptiste Le Chevalier publie son Voyage de la Troade, fait dans les années 1785 et 1786, où il consacre un long chapitre aux « Tombeaux d’Achille et de Patrocle, d’Antiloque et de Pénéleus » : « Pourquoi ne substitueraient-ils pas encore, ces monumens [sic] d’Achille et de Patrocle, qui, suivant la prédiction du poëte lui-même, devaient être l’objet du culte des navigateurs dans la postérité la plus reculée ? » (Dentu, 1802, t. I, p. 234) s’interroge-t-il, en renvoyant en note au chant XXIV de l’Odyssée, comme le fera Chateaubriand. « On aura peine à croire, ajoute-t-il, que ce beau songe se soit réalisé, et je craindrais de passer pour un enthousiaste aux yeux des savans [sic], si tous les objets que je viens de nommer n’avaient pas été au moins indiqués avant moi, et tous vérifiés depuis dans la plaine de Troye, où ils s’offrent encore aux regards de ceux qui voudraient parcourir ces lieux célèbres. » (ibid., t. I, p. 235) Les différentes autorités que Le Chevalier invoque vont des historiens de l’Antiquité au docteur Richard Chandler, de la société des antiquaires de Londres, auteur de Travels in Asia minor (1775), autre ouvrage connu de Chateaubriand : « je n’ai fait que marcher sur leurs pas » (ibid., t. II, p. 164), déclare Le Chevalier, selon l’expression qui s’imposera comme un topos des récits de pèlerinage.

Dès son retour, en août 1807, Chateaubriand, relate pour la première fois l’épisode du pèlerinage aux deux tombeaux dans un article intitulé « Quelques détails sur les mœurs des Grecs, des Arabes et des Turcs », paru dans le Mercure de France, périodique où il avait pu prendre connaissance, en 1800, du compte rendu du Voyage de la Troade de Le Chevalier. Sa réécriture dans l’Itinéraire montre que l’auteur développe considérablement la mémoire littéraire du pèlerinage : il ajoute à la référence d’Homère d’autres citations, dont les plus remarquables sont le long extrait de la tragédie d’Euripide, Les Troyennes, et les vers de Virgile, de l’Énéide et des Géorgiques, références absentes chez Chandler et Le Chevalier. Ce faisant, Chateaubriand interroge moins la question de « l’authenticité » historique et l’emplacement géographique des tombeaux, comme l’avaient fait ses prédécesseurs, qu’il ne reconfigure et réactive la mémoire littéraire d’un lieu, en écho avec son projet d’écrire une épopée. « Ni voyage ni Mémoires, mais mémoires de voyage, voyages de la mémoire » déclare Jean-Claude Berchet, avant de commenter cette phrase de l’Itinéraire: « J’allais chercher les Muses dans leur patrie » (t. VIII, p. 10). « Chacun de ces vocables aimantés convoque Chateaubriand au même rendez-vous, qui seul lui importe : la rencontre charnelle, particulière, intériorisée du moi avec ce qui le constitue comme tel : un héritage spirituel, le passé humain. Non pas une histoire historienne ou archéologique, au labeur improbable […], mais une histoire fantasmatique des Européens, tissée des traces écrites de leurs identifications successives, c’est-à-dire de leurs rêves culturels. Page après page, Chateaubriand répète dans son Itinéraire une affirmation pathétique (après le peu de succès des Martyrs) : son acte de foi en la littérature. » (art. cité). Plus largement, en effet, par son parcours géographique et littéraire, l’auteur du Génie du Christianisme relie la bibliothèque de l’Antiquité païenne à celle du christianisme : le pèlerinage aux tombeaux d’Achille et de Patrocle prépare celui au tombeau du Christ, les épopées d’Homère et de Virgile annoncent celle du Tasse, dont Chateaubriand relit in situ La Jérusalem délivrée, en préparation à l’écriture de la sienne. Son récit de pèlerinage humaniste dit aussi l’inscription dans une lignée d’écrivains auxquels il se mesure. À l’argument rationnel des historiens qui considèrent les textes comme des témoignages et des documents qui attestent « l’authenticité » d’une fable et d’un lieu, Chateaubriand substitue celui du corps, qui, par sa guérison, prouve la force d’un récit mythique et sa foi en la littérature, tout en faisant allusion au pouvoir thérapeutique du pèlerinage en Troade que Le Chevalier mentionne au cours de son Voyage.

Dans la nouvelle préface ajoutée à la troisième édition de 1826, au sein des Œuvres complètes, Chateaubriand rappelle que son récit, paru quinze années auparavant, « à peine publié servit de guide à une foule de voyageurs ». Son Itinéraire, où il dit avoir « marqu[é] scrupuleusement les chemins, les habitacles et les stations de la gloire » est devenu « le livre de postes des ruines » (t. VIII, p. V). Les formules renvoient à l’usage contemporain de son ouvrage et à sa diffusion internationale : l’Itinéraire est en effet traduit en néerlandais en 1811-1812, en anglais en 1812, imprimé à Londres la même année puis à New York en 1814, avant de paraître en italien en 1826 et en espagnol en 1827. Au début du xxe siècle, Ernest Gaubert, qui considère que « c’est la littérature qui a fait le tourisme », présente Chateaubriand comme l’un des pères fondateurs de celui-ci :

ce fut Chateaubriand qui, le premier, dans l’éclat de ses phrases harmonieuses et neuves, enchanta le lecteur et lui donna le désir d’aller voir lui-même les pays merveilleux qu’évoquait l’auteur de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem. Le célèbre passage « Au centre d’un bassin rocailleux, qui ne s’entr’ouvre qu’au Levant pour laisser voir les gouffres de la mer Morte et les montagnes lointaines de l’Arabie… », demeure le type le plus parfait et le plus efficace de la littérature propre à susciter le tourisme. L’hôtel ne vient qu’après l’écrivain. (Ernest Gaubert, « Le tourisme et la littérature », Le Quotidien, le 13 mai 1930, p. 4)

Trois éditions d’Itinéraire de Paris à Jérusalem paraissent du vivant de l’auteur, en 1811, 1812 et 1826, chacune accompagnée d’une nouvelle préface, parfois augmentée de notes et documents, sans modification remarquable du passage aux tombeaux d’Achille et de Patrocle.

Texte [de l’édition définitive]

Dès le lendemain de notre départ la fièvre me reprit avec assez de violence : je fus obligé de rester couché sur ma natte. Nous traversâmes rapidement la mer de Marmara (la Propontide1). Nous passâmes devant la presqu’île de Cyzique et à l’embouchure d’Egos-Potamos2. Nous rasâmes les promontoires de Sestos et d’Abydos : Alexandre et son armée, Xerxès3 et sa flotte, les Athéniens et les Spartiates, Héro et Léandre4, ne purent vaincre le mal de tête qui m’accablait ; mais lorsque, le 21 septembre, à six heures du matin, on me vint dire que nous allions doubler le château des Dardanelles, la fièvre fut chassée par les souvenirs de Troie. Je me traînai sur le pont ; mes premiers regards tombèrent sur un haut promontoire couronné par neuf moulins : c’était le cap Sigée. Au pied du cap je distinguais deux tumulus, les tombeaux d’Achille et de Patrocle. L’embouchure du Simoïs était à la gauche du château neuf d’Asie ; plus loin, derrière nous, en remontant vers l’Hellespont, paraissaient le cap Rhétée et le tombeau d’Ajax. Dans l’enfoncement s’élevait la chaîne du mont Ida, dont les pentes, vues du point où j’étais, paraissaient douces et d’une couleur harmonieuse. Ténédos était devant la proue du vaisseau : est in conspectu Tenedos5.

Je promenais mes yeux sur ce tableau, et les ramenais malgré moi à la tombe d’Achille. Je répétais ces vers du poète :

« L’armée des Grecs belliqueux élève sur le rivage un monument vaste et admiré ; monument que l’on aperçoit de loin en passant sur la mer, et qui attirera les regards des générations présentes et des races futures. »
      Ἀμφ' αὐτοῖσι δ'ἔπειτα μέγαν καὶ ἀμύμονα τύμβον
      Χεύαμεν Ἀργείων ἱερὸς στρατὸς αἰχημτάων,
      Ἀκτῇ ἐπί προυχοὺσῃ, ἐπί πλατεὶ Ἑλλεσπόοντῳ,
      Ως κεν τηλεφανὴς ἐκ ποντόφιν ἀνδράσιν eεἳῃ
      Τοἲς οἵ νῦν γεγαασι καὶ οἵ μετόπισθεν ἓσονται.
                                                  (Odyss., lib. XXIV6)

Les pyramides des rois égyptiens sont peu de chose, comparées à la gloire de cette tombe de gazon que chanta Homère et autour de laquelle courut Alexandre7.

J’éprouvai dans ce moment un effet remarquable de la puissance des sentiments et de l’influence de l’âme sur le corps. J’étais monté sur le pont avec la fièvre : le mal de tête cessa subitement8. Je sentis renaître mes forces, et, ce qu’il y a de plus extraordinaire, toutes les forces de mon esprit : il est vrai que vingt-quatre heures après la fièvre était revenue.

Je n’ai rien à me reprocher : j’avais eu le dessein de me rendre par l’Anatolie à la plaine de Troie, et l’on a vu ce qui me força à renoncer à mon projet ; j’y voulus aborder par mer, et le capitaine du vaisseau refusa obstinément de me mettre à terre, quoiqu’il y fût obligé par notre traité*. Dans le premier moment, ces contrariétés me firent beaucoup de peine, mais aujourd’hui je m’en console. J’ai tant été trompé en Grèce, que le même sort m’attendait peut-être à Troie. Du moins j’ai conservé toutes mes illusions sur le Simoïs ; j’ai de plus le bonheur d’avoir salué une terre sacrée, d’avoir vu les flots qui la baignent et le soleil qui l’éclaire.

Je m’étonne que les voyageurs, en parlant de la plaine de Troie, négligent presque toujours les souvenirs de l’Énéide. Troie a pourtant fait la gloire de Virgile comme elle a fait celle d’Homère. C’est une rare destinée pour un pays d’avoir inspiré les plus beaux chants des deux plus grands poètes du monde. Tandis que je voyais fuir les rivages d’Ilion, je cherchais à me rappeler les vers qui peignent si bien la flotte grecque sortant de Ténédos et s’avançant, per silentia lunae9, à ces bords solitaires qui passaient tour à tour sous mes yeux. Bientôt des cris affreux succédaient au silence de la nuit, et les flammes du palais de Priam éclairaient cette mer où notre vaisseau voguait paisiblement.

La Muse d’Euripide, s’emparant aussi de ces douleurs, prolongea les scènes de deuil sur ces rivages tragiques.

Le chœur

« Hécube, voyez-vous Andromaque qui s’avance sur un char étranger ? Son fils, le fils d’Hector, le jeune Astyanax, suit le sein maternel10.

Hécube

« Ô femme infortunée ! en quels lieux êtes-vous conduite, entourée des armes d’Hector et des dépouilles de la Phrygie ?…

Andromaque

« Ô douleurs !

Hécube

« Mes enfants !

Andromaque

« Infortunée !

Hécube

« Et mes enfants !…

Andromaque

« Accours, mon époux ! ..

Hécube

« Oui, viens, fléau des Grecs ! Ô le premier de mes enfants ! Rends à Priam dans les fers celle qui sur la terre lui fut si tendrement unie.

Le chœur

« Il ne nous reste que nos regrets et les larmes que nous versons sur ces ruines. Les douleurs ont succédé aux douleurs… Troie a subi le joug de l’esclavage.

Hécube

« Ainsi le palais où je devins mère est tombé !

Le chœur

« Ô mes enfants ! votre patrie est changée en désert ! etc11. »

Tandis que je m’occupais des douleurs d’Hécube, les descendants des Grecs avaient encore l’air, sur notre vaisseau, de se réjouir de la mort de Priam. Deux matelots se mirent à danser sur le pont, au son d’une lyre et d’un tambourin : ils exécutaient une espèce de pantomime. Tantôt ils levaient les bras au ciel, tantôt ils appuyaient une de leurs mains sur le côté, étendant l’autre main comme un orateur qui prononce une harangue. Ils portaient ensuite cette même main au cœur, au front et aux yeux. Tout cela était entremêlé d’attitudes plus ou moins bizarres, sans caractère décidé et assez semblables aux contorsions des sauvages. On peut voir au sujet des danses des Grecs modernes les lettres de M. Guys et de Mme Chénier12. À cette pantomime succéda une ronde où la chaîne, passant et repassant par différents points, rappelait bien les sujets de ces bas-reliefs où l’on voit des danses antiques. Heureusement l’ombre des voiles du vaisseau me dérobait un peu la figure et le vêtement des acteurs, et je pouvais transformer mes sales matelots en bergers de Sicile et d’Arcadie.

Le vent continuant à nous être favorable, nous franchîmes rapidement le canal qui sépare l’île de Ténédos du continent, et nous longeâmes la côte de l’Anatolie jusqu’au cap Baba, autrefois Lectum Promontorium. Nous portâmes alors à l’ouest pour doubler, à l’entrée de la nuit, la pointe de l’île de Lesbos. Ce fut à Lesbos que naquirent Sapho et Alcée13 et que la tête d’Orphée vint aborder en répétant le nom d’Eurydice :

Ah ! miseram Eurydicen, anima fugiente, vocabat14.

Le 22, au matin, la tramontane se leva avec une violence extraordinaire. Nous devions mouiller à Chio pour prendre d’autres pèlerins, mais, par la frayeur et la mauvaise manœuvre du capitaine, nous fûmes obligés d’aller jeter l’ancre au port de Tchesmé, sur un fond de roc assez dangereux, près d’un grand vaisseau égyptien naufragé.
 
 
* voyez ce traité à la fin du troisième volume de cet Itinéraire. [Note de l’auteur]↩︎


Bibliographie des prépublications et éditions successives du vivant de l’auteur

François-René de Chateaubriand, « Quelques détails sur les mœurs des Grecs, des Arabes et des Turcs », Mercure de France, 1er août 1807, p. 197-213 (ici, p. 200-201) [le récit est plus sommaire].

—, Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, en allant par la Grèce et revenant par l'Égypte, la Barbarie et l'Espagne, Paris, Le Normant, 1811, 2 vol. (ici, vol. 2, p. 75-82).

—, Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, en allant par la Grèce et revenant par l'Égypte, la Barbarie et l'Espagne, Paris, Le Normant, 1811, 3 vol.

—, Itinéraire de Paris à Jérusalem [1811] dans Œuvres complètes, Paris, Ladvocat, t. VIII, IX et X, 1826 (ici, t. IX, p. 63-69).


  1. La Propontide est le nom antique de la mer de Marmara.↩︎

  2. Chateaubriand fait allusion à la bataille d’Aigos-Potamas, qui eut lieu en Chersonèse de Thrace, en 405 av. J.-C., entre les flottes d’Athènes et de Sparte. Ce dernier épisode majeur de la Guerre du Péloponnèse se solde par la victoire des Spartiates sur Athènes.↩︎

  3. Xerxès Ier (vers 519-465 av. J.-C.), roi perse, vaincu par les Grecs, après la seconde Guerre Médique (ve siècle av. J.-C.).↩︎

  4. Héro et Léandre, couple amoureux de la mythologie grecque, dont l’histoire, rapportée par des sources antiques, a été reprise ensuite sous la forme de poèmes par Christopher Marlowe en 1598 ou par Bryon en 1810 dans la pièce, « Vers écrits après avoir nagé de Sestos à Abydos ». Héro est une prêtresse d’Aphrodite à Sestos, sur la rive [européenne](https://fr.wikipedia.org/wiki/Europe) de l’Hellespont, tandis que Léandre habite à Abydos, sur la rive asiatique. Toutes les nuits, Léandre traverse le détroit à la nage guidé par une lampe qu’Héro allume en haut de la tour où elle vit. Mais lors d’un orage, la lampe s’éteint et Léandre s’égare dans les ténèbres. Lorsque la mer rejette son corps le lendemain, Héro se suicide en se jetant du haut de sa tour.↩︎

  5. Virgile, Énéide, II, v. 21 : « Du rivage on aperçoit Tenedos. »↩︎

  6. Homère, Odyssée, XXIV, v. 80-84, traduction en français de Chateaubriand.↩︎

  7. Plutarque, « Alexandre le Grand », Les Vies des hommes illustres comparées l’une avec l’autre, trad. du grec en français par Jacques Amyot [1565-1567] : Alexandre « passa le détroit de l’Hellespont, et allant jusqu’à la ville d’Illion, y sacrifia à Diane, et y répandit des effusions funérales aux demi-dieux, c’est-à-dire aux princes qui moururent en la guerre de Troie, dont les corps y étaient ensevelis, principalement à Achille, la sépulture duquel il oignit d’huile, et courut nu tout alentour avec ses mignons, selon la coutume ancienne des funérailles, puis la couvrit toute de festons de fleurs, disant qu’il était bien heureux d’avoir eu en sa vie un loyal ami, et après sa mort, un excellent hérault pour dignement chanter ses louanges. » La traduction d’Amyot, qui fait référence à l’époque de Chateaubriand, comporte des erreurs. Voir notamment celle par Robert Flacelière et Émile Chambry (Vies, t. IX « Alexandre-César », Paris, Les Belles Lettres, 1975, p. 47).↩︎

  8. Chateaubriand se souvient peut-être du « remède efficace pour lutter contre la fièvre » mentionné par Le Chevalier dans le chapitre consacré aux « tombeaux d’Achille et de Patrocle » : « J’aurais surtout désiré pouvoir enlever l’inscription : mais le marbre sur lequel elle se trouve est renommé parmi les Grecs des villages voisins, comme un remède efficace contre la fièvre. Le malade s’y assoit, s’y couche et efface toujours de plus en plus les caractères du monument. » (Jean-Baptiste Le Chevalier, Voyage de la Troade, éd. citée, t. II, p. 312).↩︎

  9. Virgile, Énéide, II, v. 255-256 : « …tacitae per amica silentia lunae/ Liora nota petens » : « Paru un clair de lune complice qui éclairait notre route silencieuse, nous nous dirigions vers le rivage familier. » Ainsi la flotte grecque gagne de nuit le rivage de Troie, afin de prendre la ville par surprise.↩︎

  10. Hécube, reine de Troie, veuve de Priam ; Andromaque, veuve d’Hector, tué par Achille pour venger Patrocle.↩︎

  11. Chateaubriand traduit du grec, en procédant à des coupures, Euripide, Les Troyennes, v. 568-608. Voir par exemple la traduction de Léon Parmentier et Henri Gregoire (Les Belles Lettres, 1968, p. 52-53).↩︎

  12. Voir la lettre de Madame Chénier sur les danses grecques à Pierre-Augustin Guys, dans Voyage littéraire de la Grèce, Paris, Vve Duchesne, 1783, t. I, p. 196-220 et lettre XIII de Pierre-Augustin Guys, « Les danses », ibid., p. 169-195.↩︎

  13. Alcée de Mytilène, né vers 630 av. J.-C., et Sappho (viie-vie siècle av. J.-C.), poète et poétesse lyriques, originaires de Lesbos.↩︎

  14. Virgile, Géorgiques, IV, v. 526 : « Ah ! malheureuse Eurydice, appelait-elle encore de sa bouche expirante. » Allusion aux Métamorphoses d’Ovide (XI, v. 55) : après la mort d’Eurydice, Orphée est démembré par les Ménades lassées de ses lamentations.↩︎

Pour citer ce corpus

François-René de Chateaubriand, extrait de Itinéraire de Paris à Jérusalem [1811] [dans Œuvres complètes, Paris, Ladvocat, t. VIII, IX et X, 1826 (ici, t. IX, p. 63-69)], éd. Jessica Desclaux, dans « Pélerinages littéraires », site EcriSoi, 2026, URL : https://ecrisoi.univ-rouen.fr/critiques/entretiens/6a1d95bb8f775e89bfc987a8, page consultée le 1 novembre 2026.


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